La perle - John Steinbeck *****

Voilà, j'ai connu Monsieur Steinbeck, il y a très longtemps (au moins 25 ans ....oui, je fais jeune d'un coup ! ) et à l'époque je m'étais délectée de son pavé A l'est, Eden (une sorte d'Abel et Caïn revisitée). Et puis, plus rien. Mais c'est mal connaître une de mes collègues, Madame A. (je suis entourée de A. protecteurs et bienveillants), qui m'a fortement encouragée à reprendre contact avec John.
Verdict : définitivement sous le charme (petit problème : Monsieur est décédé en 1968).
Tout d'abord, un avertissement : si vous possédez cette édition de l’œuvre, surtout ne pas lire la page 7 qui vous résume toute l'histoire et vous décrit l'analyse du texte en exactement 19 lignes (et oui, actuellement on voit ce procédé en quatrième de couverture ; en 1973, il se situait en début d’œuvre avec la même conséquence : gâcher les surprises du récit et d'une certaine façon, la lecture).

Kino vit de pêche perlée auprès de son épouse Juana et de leur bébé Coyotito. Entouré de son frère Juan Tômas et de sa belle-sœur Apolonia, il survit et la tribu avec lui. Mais un jour, Coyotito se fait piquer par un scorpion. Pour éviter la propagation du mal, Kino se dirige vers le seul médecin de la ville, à proximité de son hameau indien. Malheureusement, celui-ci, notable local, reste très près de ses sous et ne soigne que lorsque ses patients clients peuvent assumer le prix de la consultation, ce qui n'est pas le cas pour Kino et sa femme. Désemparés, ils vont tout faire pour financer les soins et la découverte de la plus grosse pierre du monde devrait leur attirer un peu d'appui bien des ennuis.

On retrouve les thèmes phares de Steinbeck : le Bien et le Mal, les déséquilibres sociaux et moraux, les déterminismes humain et religieux, la cupidité et le courage. Ce qui paraît incroyable est la modernité de ce récit. D'ailleurs, John Steinbeck prévient son lecteur/ sa lectrice : page 9 « Si cette histoire est une parabole, peut-être chacun en tirera-t-il sa propre morale et y découvrira-t-il le sens de sa propre vie...» . Et en effet, chacun apportera un éclairage différent à l'édifice selon son ressenti, ses qualités morales, son passé, son présent etc. On peut rester sur le sens premier de l'histoire : celle d'un indien qui découvre une belle pierre (attirant les magnétismes, modifiant les âmes, les abîmant), celle des forces obscures qui ne supportent pas le moindre changement (la pierre a été déplacée, l'ordre du monde s'en trouve bouleversé : plusieurs personnages, en particulier les acheteurs et les pisteurs, sans visage, un et multiple à la fois, symbolisant l'armée du tout puissant décidé à réguler et à retrouver la situation originelle). Et puis, on peut recouvrir à l'actualité : Kino réagit comme une personne soucieuse d'évoluer, espérant des études pour son fils afin que celui-ci s'affranchisse de la grande pauvreté dans laquelle il baigne, qu'il gagne cette liberté de partir, de naviguer vers un horizon meilleur, de tout simplement dire non et de ne plus subir certains diktats oppresseurs. La fin me semble idéale comme cette courte allégorie puissante, parfaitement rédigée. Un livre qui nourrit son lecteur/ sa lectrice de questions essentielles : une vraie leçon de vie, de nos vies.

Traduction de Renée Vavasseur et de Marcel Duhamel


Éditions Folio

empruntée à ma collègue A. que je remercie infiniment pour ce partage (oui, j'ai beaucoup de chance d'être si bien entourée)

et un de plus pour le challenge de Cécile (cela faisait longtemps)

30 commentaires:

  1. Je me souviens avoir lu ce livre en une seule nuit pour aider ma fille dans un devoir qu'elle ne comprenait pas !

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    1. Oui ce texte riche amène différentes interprétations : c'est ce que j'appelle une œuvre complète !

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  2. J'ai lu (et aimé) Des souris et des Hommes il y a environ vingt ans. Et puis plus rien( comme tu le dis si bien). Steinbeck mériterait peut-être que je m'intéresse enfin au reste de son oeuvre...

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    1. Je vais lire bientôt Des souris et des Hommes. je te dirai ce que j'en pense. Ce qu'il y a de génial chez cet auteur demeure l'universalité de sa parole. e plus, il a même pensé aux différents types de lecteurs : la Perle et Des souris... sont des livres courts (idéaux pour tous) et À l'est d'Eden (par exemple) reste un pavé pour lecteurs plus confirmés ou plus motivés par une lecture plus ample. J'aime aussi la trajectoire de cet homme.

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  3. Je viens d'emprunter "Lune noire" à la bibliothèque, parce que moi aussi, ça fait trop longtemps que je n'ai pas lu Steinbeck.

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  4. Je vais guetter de façon ardente (ce n'est pas dur quand on est abonné à la newsletter de ton blog) ton avis ! Bises

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  5. J'ai lu Des souris et des hommes ( pffff il y a bien 20 ans aussi...) Je ne connais pas La perle mais tes impressions sur ce livre font envie.

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    1. Mais non, nous sommes toujours jeunes et belles et John mérite toute notre attention : quel tombeur, tout de même !

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  6. moi aussi j'ai lu Steinbeck, mais il y a longtemps, et je n'ai plus le titre en mémoire...je n'ai pas poursuivi la découverte, on ne peut pas tout lire...mais ce n'est pas un "classique" pour rien...

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    1. Oui, un classique même très moderne finalement ! Étonnant que tu ne te souviennes pas du titre.

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  7. C'est beau c'est beau c'est beau Steinbeck. Inoubliable pour moi "les raisins de la colère"... Il faut absolument que tu le lises Phili ! Bisous

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    1. J'ai lu À l'est d'Eden (génial), La perle (géniale) et vais bientôt lire Des souris et des Hommes ... Je pense qu'avec un peu de temps, j'irai goûter aux Raisins (car il n'est pas question que je laisse passer 25 ans de ma vie sans John). Bisous, jolie Comète.

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  8. Jamais lu cet auteur...
    Bonne semaine !

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    1. Il n'est jamais trop tard et à très bientôt, Miss Catherine (j'ai fini ton challenge ! YES)

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  9. J'adore Steinbeck, et je garde un bon souvenir de celui-ci. Mon préféré à ce jour est "Des souris et des hommes" mais j'adore aussi "A l'est d'Eden" et "Les raisins de la colère" !
    Par contre, j'avais été traumatisée, petite, par "Le poney rouge", celui-là je ne le relirai jamais !

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    1. Bien, ton préféré sera mon prochain : chouette ! (je vais donc éviter provisoirement Le poney rouge)

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  10. Je n'ai jamais lu Steinbeck, car cet auteur est tellement représenté dans les programmes de collège que cela m'en a détourné.

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    1. Oui, je comprends ! Je n'ai pas d'overdose de John.

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  11. Steinbeck est un maître !!! Je suis justement plongée dans "A l'est d'Eden" que je relis vingt ans après mon gros coup de foudre pour ce livre, et je le dévore tout autant !
    La perle est également un bon Steinbeck, peut être un peu court ...

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    1. Toi aussi, tu as eu le coup de foudre : John , si tu nous entends, tu as deux amoureuses !

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  12. Steinbeck, il me semblait avoir lu quelque chose de lui, heureusement ne comptant pas trop sur ma mémoire, avant le blog je gribouillais quelques mots sur mes lectures.je l'ai connu avec des souris et des hommes en 2007, et les quelques mots m'ont replongé dans cette ambiance que j'avais vraiment aimé. la perle Un titre à ajouter à ma liste.Il va falloir que je réduise mon temps de travail.....

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    1. La perle est un court récit (tu peux le lire en peu de temps, une petite centaine de pages). J'ai emprunté Des souris et il me tarde de le lire (en ce moment je fais dans les livres courts, la paresse du Printemps)

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  13. page 7 : oui, il ne faut lire ni les préfaces, ni les présentations, ni les quatrièmes de couverture, car parfois un petit malin raconte tout!
    La perle : beau souvenir de lecture, et de toute façon j'aime Steinbeck

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    1. Deux livres émouvants, un petit troisième qui m'attend : je pense que John ne va pas attendre 25 ans pour voir mes yeux (enfin ses livres plutôt)!

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  14. J'ai dû le lire trop jeune, j'avais trouvé ça parfaitement rasoir...

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    1. C'est en effet un texte court mais très fourni et empli de métaphores et d'allégories : il est fort possible que certaines ne soient pas ressenties par de jeunes lecteurs. Bises.

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  15. J'adore la morale de ce livre !

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    1. Justement il n'y a pas vraiment de morale : Steinbeck a décloisonné tous les registres éthiques. Une façon de rendre intemporelle son œuvre.

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