Les heures secrètes - Élisabeth Brami **


Les heures secrètes ou l'histoire de Pierre, retraité de 70 ans, ancien libraire parisien. Sa chère et tendre épouse, Régine, est décédée depuis sept ans et Pierre ne s'en remet pas. En délicatesse avec son fils Aurélien exilé aux États-Unis et marié à un dragon, aussi proche géographiquement de sa fille Flora qu'en état d'incompréhension mutuelle permanent avec elle, Pierre retrouve son souffle grâce à ses visites de Léa en fin de vie dans une maison de retraite rouennaise : un sentiment profond les lie, Léa étant la mère de Régine, aussi juive que lui protestant, une truculente et fringante dame de 90 ans. Notre héros subit une profonde léthargie, jusqu'à l'arrivée de Wanda et de certaines révélations lointaines: Pierre va s'ouvrir, devenir acteur de sa vie, accepter ces ombres du passé et ensuite rebondir.
Tout y est pour que ce livre se transforme un bon roman, en particulier les discussions fantastiques et bien rythmées de Léa et de son gendre. Pourtant, la sauce ne prend pas. Cela mérite quelques explications :
  1. l'histoire avec Wanda apparaît comme inaboutie et inenvisageable car mal préparée au départ,
  2. le secret dévoilé en fin d'ouvrage est « balancé » sans préméditation, un peu comme un déchet encombrant dont on voudrait se débarrasser au plus vite,
  3. les personnages (à part le héros) auraient mérité d'être davantage fouillés corps et âme,
  4. même la relation entre Léa et Pierre en devient amère (un comble ! Un des rares rayons de soleil de l'intrigue).
J'ai eu cette impression (à tort sûrement) qu’Élisabeth Brami naviguait à vue, à bord d'un Titanic littéraire qu'elle ne maîtrisait plus. Frustrant.

Éditions du Seuil

emprunté à ma biblio chérie


évasion musicale: toi, mon amour - Marc Lavoine (j'aime cette chanson, c'est inexplicable)

Rien ne s'oppose à la nuit - Delphine de Vigan *****

Témoignage magnifique sur la vie de Lucile, la mère de l'auteure : inspection de son enfance au sein d'une fratrie constituée de neuf enfants, de sa vie chaotique d'adulte et d'amoureuse. Fille splendide et hypnotique de Liane et Georges Poirier, titis parisiens régulièrement fauchés et dépendants de la fortune professionnelle paternelle, Lucile apprend vite à utiliser son ravissant visage en mannequinant très tôt. Souffrant d'un mal-être conséquent à des relations familiales ambiguës, à un état de survie permanent au sein du clan, à des deuils insurmontables et de douleur imprescriptible et inavouée, elle comprend rapidement que le suicide devient monnaie courante.
A travers cette véritable plongée en apnée en Lucile, le récit est entrecoupé de remarques et d'états-d'âme de l'auteure sur l'enquête, étayés par des faits relatés par différents protagonistes, aidant à cerner au mieux la personnalité complexe de l'héroïne.
Le titre provient d'une phrase de la chanson Osez Joséphine d'Alain Bashung. Pourtant, au cours de ma lecture, je n'ai cessé de fredonner La nuit, je mens du même chanteur, ode magnifique qui sied parfaitement à ma Lucile, celle que j'ai imaginée, celle qui m'a imprégnée à travers les écrits de son aînée. Delphine de Vigan gagne en sérénité à la fin de ce récit éprouvant tant il remue de souvenirs douloureux, de secrets inavoués, toujours sous-entendus. Jamais je n'ai détesté cette maman qui a survécu pour ses deux filles, une maman courage et admirable à sa façon. Dans le même registre mais en plus apaisé, Noëlle Châtelet dans le magnifique La dernière leçon traite du même thème avec une égale subtilité.
La couverture splendide représente Lucile en biais lors d'un repas de famille, cigarette entre les mains, au-dessus de tout, hors de tout … à son image.

Éditions Jean-Claude Lattès

emprunté à la bibliothèque et acheté récemment en poche par mon A. !!!

avis : Evalire, Lystig
évasion musicale: La nuit je mens - Alain Bashung (assurément, ce chanteur me manque beaucoup)


  
Prix du Roman Fnac 2011 ; Prix du roman France Télévision 2011 ; Prix Renaudot des Lycéens 2011

Meurtres pour rédemption - Karine Giebel *


Voilà, je pense que Karine Giebel a longuement hésité, en construisant son roman, oscillant entre deux histoires. Résultat, une grosse catastrophe littéraire que je ne conseille à personne (pas même à mon pire ennemi, qui n'existe pas). L'héroïne (très addict de la drogue de même nom), Marianne de Gréville, purge une peine de prison -perpétuité assortie d'une peine de sûreté conséquente- que la miss s'amuse à alourdir au grief de ses tabassages en règle sur des prévenues ou des surveillantes. La première partie, Marianne nous fait vivre sa période carcérale ultra-violente : exemples Marianne se fait castagner, puis Marianne bastonne, puis on brutalise Marianne, alors Marianne se venge méchamment etc.  La seconde partie est différente mais pas moins glauque (on remplace les matons par les flics. Je laisse le suspense pour ceux et celles qui souhaiteraient encore lire cet ouvrage, sait-on jamais?). 
Pour moi, Karine Giebel a pensé au départ à une version de Nikita mais là, se sont posés les problèmes de droit d'auteur (quoique Luc Besson aurait été ravi de les recevoir pour construire une piscine extérieure.). Alors, elle a abandonné l'idée provisoirement pour nous parler de l'existence violente en prison (entre les détenues sans loi, les matons gentils, les pas gentils mais qui deviennent un chouïa bienveillants, les sadiques) et là, c'est long, mais long, verbeux et très répétitif. Ensuite, elle a repris son idée initiale pour nous servir une soupe grandiloquente. Rien ne tient : 756 pages pour justifier du prix final pharaonique de 21€90 pour une piètre qualité littéraire. J'en veux à l'auteure qui m'avait bien accrochée avec Les morsures de l'ombre mais aussi à sa maison d'édition, censée effectuer en accord avec l'auteure une purge salvatrice de pages (via les relectures nombreuses et sérieuses... pour ce livre, j'ai comme un doute.). Que de bavardage et de baratin inutiles ! Les 280 premières pages ne servent à rien. Sur au moins 500 pages, je n'ai lu que cinq lignes sur les quarante en moyenne par page (cela fait chère la ligne et je ne parle pas de coke) et malheureusement je n'ai rien raté de l'intrigue. Il aurait été bon de travailler sur la violence psychique et la manipulation, plutôt que sur des scènes gore d'intimidation et de barbarie gratuite. Bref, Karine empile les phrases pour masquer une absence totale d'imagination, d'originalité (les thèmes abordés n'en demeurent pas moins archi-classiques) et un manque de relief narratif. La lectrice que je suis, a souffert, beaucoup souffert...

En résumé : « chef d’œuvre parmi les chefs d’œuvre » comme le prétend un commentaire de lecteur écrit en quatrième de couverture, assurément pas pour moi !
Éditions le Fleuve Noir 

emprunté à ma biblio chérie (mille mercis pour l'économie réalisée) 

La jeune fille à la perle - Tracy Chevalier ****

La jeune fille et la perle, un livre lu en 2001 mais jamais oublié. Ce qui est remarquable reste à la fois la qualité littéraire de l'auteure (et de sa traductrice) tant dans le style que dans l'intrigue. Il est souvent rare d'obtenir les deux en même temps. Une jeune fille est engagée par le peintre ténébreux Vermeer pour s'occuper de la maisonnée et de sa nombreuse marmaille. Discrète et efficace, ressentant de plein fouet la hiérarchie sociale, miss Griet poursuit son petit bonhomme de chemin, décrivant ses nombreuses tâches, essuyant les petites humiliations. Et puis Vermeer l'observe, sent le potentiel visuel de la demoiselle et lui attribue un bijou de famille (non ce n'est pas ce que vous croyez)... arrive l'embrouille !
Voilà le bonheur de ce livre consiste à l'ouvrir et à poursuivre l'analyse en reluquant Colin Firth (oui, j'ai un faible pour cet acteur, inexplicable !) en Vermeer dans le film éponyme . Que de bonheur !

Traduction de Marie-Odile Fortier- Masek. Collection Folio - Éditions Gallimard 

à ma maison


Bande-annonce de l'adaptation cinématographique par Peter Webber de l’œuvre de Tracy Chevalier



Indignez-vous - Stéphane Hessel ****

D'un format intéressant et de lecture accessible (14 pages de Stéphane Hessel), le texte replace les étapes fondatrices de l'humanité (les acquis de la sécurité sociale, la Déclaration universelle des Droits de l'homme) et les dérives actuelles qui la parasitent. Une bonne piqûre de rappel pour préciser que nous sommes responsables de nos actes, que nous avons toutes les raisons d'être indignés, que notre patrie s'éloigne de plus en plus des idéaux de son hymne et que nous avons tout en main pour réagir comme l'ont fait récemment les peuples du Maghreb avec d'autant plus de courage qu'ils vivaient dans des pays despotiques.
Bref, un livre qui nous permet de garder les yeux ouverts, d'agir lorsque certaines situations sont contraires à la morale républicaine, un livre salvateur.

Collection Ceux qui marchent contre le vent - Indigène éditions.

à ma maison (merci à mon amie I. pur ce beau cadeau)

Le cuisinier - Martin Suter ***

Maravan, petit génie de la cuisine tamoule (entraîné par Nangay, sa grand-tante) mais non reconnu par ses pairs suisses (en raison de son absence de papiers officiels de présence dans le pays), officie dans un restaurant d'affaires le Huwyler comme plongiste, éplucheur de légumes et homme à tout faire... sauf la cuisine ! Là il y croise Andréa, serveuse attirante dont il tombe amoureux. Justement, pour préparer et réussir un repas avec Andréa chez lui nécessitant l'emprunt non autorisé mais non demandé d'un rotovapeur, Maravan se fait renvoyer sans ménagement par le patron du restaurant... Monsieur Huwyler en personne. Andréa, par souci d'égalité et subjuguée par la qualité du dîner passé avec Maravan, provoque également son licenciement. S'en suit une collaboration intense et financière entre les deux, collaboration joliment appelée Love Food, qui propose des repas olé-olé pour raviver la flamme éteinte (ou presque) entre deux amoureux. Bien sûr, des hommes d'affaires peu enclins à l'empathie vont utiliser le procédé (et le payer plus cher) pour arriver à leur fin (faim ?). 
Ce livre, sympathique et très accessible, est l'occasion de parler des guerres intestines et souvent clandestines qu'ont subi le Sri-Lanka et de l'Erythrée (mettant en scène des enfants soldats), sans complaisance mais marquant aussi notre impuissance face à des businessmen corrompus comme Dalmann, Schaeffer et compagnie. On y découvre les rites tamoules, les relations homme-femme, la difficulté d'intégrer un pays européen. A la fin du livre, vous trouverez des recettes du Love Food (si le cœur vous en dit). 

Édité en Points. 

emprunté à ma biblio chérie

Apprendre à finir - Laurent Mauvignier ***

Un couple en instance de séparation. L'homme a un accident de voiture. Pendant sa rééducation à la maison, la femme espère leur relation avant les conflits. Mais l'homme se remet et la femme s'inquiète de perdre son mari à nouveau. Ecrit au féminin par un auteur masculin, l'histoire se déroule aisément : écriture fluide, lecture facile, anecdotes à la fois singulières et quelconques. La femme apprend à se libérer et à découvrir ses besoins réels.
Finalement, Apprendre à finir (sa relation d'amour) est un art, qu'il est bon d'acquérir (quand cela s'avère indispensable). Une jolie quête. 

Les Éditions de Minuit (en poche)

à ma maison

Ce que j'appelle oubli - Laurent Mauvignier ****

Un homme raconte la fin de vie d'un jeune paumé, tabassé à mort par quatre vigiles d'une surface commerciale, sous prétexte qu'il avait consommé sur place, sans la payer, une canette de bière. Ce court récit haletant et oppressant de 55 pages doit beaucoup à l'ingéniosité et au style employés par l'auteur : phrases à rallonge, ponctuées par de nombreuses virgules. Laurent Mauvignier nous tient en haleine et rythme son discours en s'adressant parfois au frère de la victime (par le tutoiement, il développe une proximité entre le lecteur et la famille de la victime). Un discours sans concession sur un fait divers tragique, inspiré d'une histoire vraie vécue à Lyon en décembre 2009, un récit qui rencontre ses limites par trop de répétitions et de longueurs mais un livre coup de poing indispensable à lire, pour veiller à notre humanité, pour ne plus fermer les yeux sur l'inconcevable.

Les Éditions de Minuit.

offert à ma biblio chérie (pour la remercier de mes nombreuses rencontres littéraires)

Le confident - Hélène Grémillon ****

Pour un premier roman, ceci est un très bon premier roman. L'histoire est toute simple (enfin, a priori !): une jeune femme tout juste enceinte, Camille, découvre une enveloppe parmi toutes les lettres de condoléances reçues en raison du décès récent de sa mère. Au cours des jours suivants, elle reçoit toujours ces enveloppes anonymes. Dans ces lettres, écrites par un dénommé Louis, se déroule une histoire d'amour,de haine entre deux femmes autour d'un enfant et d'un homme, sous fond de seconde guerre mondiale. Mais quel rapport avec Camille ? et bien, ça, je ne vous le dirai pas car seule, la lecture de ce livre vous apportera la réponse !

La grande ingéniosité de l'auteure est de délivrer les mystères au fil des chapitres, jusqu'à la dernière page !! La seule maladresse est une invraisemblance sur la dernière révélation qui la rend peu plausible car mal travaillée au départ par Hélène Grémillon. Sinon, le récit est captivant et très bien construit. Le style mérite d'être plus travaillé mais tout y est pour un vrai bon moment de lecture.

Éditions Plon

avis : Evalire


emprunté en bibliothèque

Métamorphose en bord du ciel- Mathias Malzieu **

Oh, là, là, la déception ! Je suis dépitée par cette lecture mais à un point incroyable... Il faut dire que j'ai vraiment aimé Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi et bien apprécié La mécanique du cœur, j'étais donc très impatience de lire le nouvel opus de mon Mathias.  Bon, et bien, j'espère que la prochaine fois sera la bonne.
Le synopsis est simple: Tom Cloudman, un loser en catégorie cascades, se plante une énième fois et là se fait vraiment mal. A l'occasion de son séjour à l'hôpital, il y découvre une vérité effroyable : il est atteint d'un cancer incurable, surnommé par lui-même la Betterave. Mais Tom est déterminé à voler... de ses propres ailes (clin d'oeil de Malzieu, si je peux le dire, à l'expression). Lors de ses périples nocturnes, il y rencontre la douce Endorphine, une femmoiselle (semi-métamorphosée en femme et oiseau) qui lui propose un pacte :  mourir ou vivre dans d'autres conditions.


A lire le pitch, on se dit intéressé(e) car Mathias Malzieu a l'art de créer son univers propre, imaginaire et assez réel. On retrouve la poésie de l'auteur. Mais pourtant, rien ne prend : les descriptions des rencontres avec Endorphine et les événements que vit Tom sont confus, la fin gâchée et invraisemblable, à aucun moment je ne me suis attachée aux personnages (un comble chez cet auteur). Triple bof.

Éditions Flammarion.

emprunté à ma biblio chérie

Les années - Annie Ernaux ***

Annie Ernaux profite de Les années pour relater la période débutant par son enfance (située autour des années 1940) et se terminant à nos jours. Tout y passe : les grands bouleversements de l'Histoire (chute du bloc soviétique, 11 septembre 2001...), les dates sociologiques symboliques (l'avènement de la pillule contraceptive, l'autorisation légale de l'IVG, l'abolition de la peine de mort, l'arrivée du SIDA, l'augmentation des divorces...), la chaise musicale des présidents français (plusieurs de droite, un de gauche, la cohabitation ), les affaires, la mort de gens célèbres (Bourdieu- l'idole d'Ernaux- , Coluche, Mitterand...). L'auteure glisse entre deux paragraphes, au moyen de photographies, les pans de la vie de « la femme » (que l'on suppose être elle-même) et ses réflexions sur la modernité galopante: à ce propos, le domaine de la sexualité féminine est abordé de façon crue sans être dérangeante et avec une aisance et une fraîcheur déconcertantes.
Le début du livre n'en demeure pas déroutant, mal construit et assez zappant. Passées les 80 premières pages, les anecdotes s'éternisent davantage pour mon plus grand bonheur, ce qui permet d'ancrer les scènes. Néanmoins, malgré son départ chaotique, Les années reste un livre de qualité, un sorte d'OLNI à mi-chemin entre le roman, l'essai philosophique et la réflexion sociologique, à découvrir bien sûr !

emprunté à ma biblio chérie

La place - Annie Ernaux ****

La mort de son père est l'occasion pour Annie Ernaux de relater les conditions de vie de ce papa si incompris, si taciturne mais tant aimé: enfance en garçon de ferme (enlevé de l'école à 12 ans à peine), puis ouvrier (après la guerre) et enfin commerçant-épicier (qui ne compte pas ses heures, profite du dimanche après-midi et d'un jour dans l'été pour des ballades en voiture). Une vie de dur labeur, de recherche d'ascension sociale, puis l'avènement d'une fille (après l'horreur de la perte d'une autre) agrégée de lettres avec le choc culturel que cela entraîne (belle-famille plus prout-prout, gendre plus distant, catégories sociales antagonistes). Un portrait magnifique où l'émotion et l'amour tout court affleurent dans cette belle écriture, épurée mais qui va à l'essentiel : « l'écriture plate » d'après l'auteure...tout simplement splendide.

Collection Folio des éditions Gallimard. 

emprunté à la biblio de mon Beau-Papa

L'autre fille - Annie Ernaux *****

Lettre émouvante à cette sœur aînée non connue car née entre huit et dix ans avant l'auteure et décédée à l'âge de six ans suite à une diphtérie sévère, dont l'existence cachée fut découverte à l'occasion d'une conversation anodine entre sa mère commerçante et une cliente. On perçoit les propos maternels rapportés page 16: « elle (Annie) ne sait rien, on n'a pas voulu l'attrister » puis « elle (Ginette) était plus gentille que celle-là (Annie) ». Propos cinglants à l'image de la prose habituelle de l'auteure : pas de détours, peu de faux-semblants, la vérité crue aussi dure soit-elle à décrire comme en page 51 « Je ne leur reproche rien. Les parents d'un enfant mort ne savent ce que leur douleur fait à celui qui est vivant », puis page 60 « Tu étais leur chagrin,.... J'étais leur avenir ».

C'est un livre magnifique sur la mémoire, la difficulté d'aimer une survivante de santé précaire (l'enfant Annie a affronté le tétanos) quand on est confronté à l'ultime douleur (la perte d'un enfant). Cet ouvrage fait suite à la démarche analytique qu'Annie Ernaux a entreprise lors de l'élaboration de La place (autre livre splendide, dédié à son père). Deux très beaux textes à découvrir absolument !

Nil Éditions. 

à ma maison

Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi - Mathias Malzieu *****

Un trentenaire (l'auteur ?) perd sa mère après une longue maladie. Il vit et narre les étapes de son deuil, auprès de son père et de sa sœur, reprend goût à la vie à l'aide d'un géant. Lisez cette histoire universelle ! Les mots simples de Mathias Malzieu sont tout simplement magnifiques. Tout, dans son écriture, transpire l'émotion, jusqu'à ce titre sublime de l'ouvrage « Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi ». Et si vous êtes chanceux (traduction : vous n'avez pas encore lu « La mécanique du coeur » du même auteur), vous y découvrirez la genèse de certains personnages (la ravissante Miss Acacia en particulier).

Éditions J'ai lu. 

emprunté à ma biblio chérie

Quinze kilomètres trois - Martine Laval ***

Une cinquantaine de pages pour narrer un fait divers, qui pourrait être tout à fait réel. Deux jeunes filles, l'une plus effrontée surnommée « Garçon manqué », l'autre plus rêveuse, un peu « lente », décident un mardi de janvier de faire une longue promenade de quinze kilomètres trois, au lieu d'aller en classe, dans un but bien précis. Interviennent ensuite une de leurs professeurs, une collégienne, un cousin, une lectrice du journal et enfin du paysage , celui de Cap Blanc Nez, falaise connue du Nord. Martine Laval utilise différents supports de narration pour relancer la lecture et la rendre haletante. : d'abord la présentation de deux adolescentes déterminées, puis les autres protagonistes précités. Si les divers témoignages (emploi du « je ») aident le lecteur à s'impliquer davantage dans le récit, le début de l'histoire reste bringuebalant, Martine Laval hésitant entre « mes gamines », « les gamines » et un souvenir personnel... bref, elle tâtonne lors des premières pages, peut-être parce que l'histoire qu'elle souhaite narrer la touche profondément. Malgré ce défaut et certains intervenants caricaturaux (la professeure et l'adolescente en particulier), Quinze kilomètres trois mérite d'être lu et montre la difficulté actuelle de communiquer et de s'émanciper du contexte sociologique familial. D'une certaine façon, l'auteure s'adresse et dédie son ouvrage à ceux qui « ont des paroles maladroites, des silences fragiles...des gens qui n'espèrent plus » (page 57). Une belle marque de tendresse.

Éditions Liana Lévi 

offert à ma biblio chérie (pour la remercier de mes nombreuses rencontres littéraires) 


évasion musicale : La mer - Charles Trenet

Des vies d'oiseaux - Véronique Ovaldé ***

Des vies d'oiseaux narre la quête de deux femmes (Vida et sa fille Paloma) vers une émancipation amoureuse et une existence sociale. Vida s'est échappée d'un village craignos Irigoy grâce à son mariage providentiel avec Gustavo (le père de Paloma, prothésiste richissime et quelque peu enclin à l'empathie). Paloma ne supportant plus les faux-semblants parentaux et la transparence de sa mère, décide de quitter sa famille. L'histoire se déroule en plusieurs étapes : l'enquête sur les «visites» inopportunes de logements luxueux par l'inspecteur Taïbo à  Villanueva, l'introspection de Vida, les réflexions et les états d'âme de Paloma, l'intervention du beau  ténébreux quoique claudiquant Adolfo et un retour à Irigoy où tout s'explique.
D'une écriture assez jolie, le grand intérêt du livre réside dans le partage de l'imaginaire de Véronique Ovaldé créatrice d'un univers irréel Irigoy, lui donne corps par la participation de ses habitants et la description des paysages. Un bon roman de rentrée littéraire sans toutefois être exceptionnel.

Éditions de l'olivier.

emprunté à ma biblio chérie

avis de Lystig 

évasion musciale : Ouvrez la cage aux oiseaux - Pierre Perret

Marin, les élèves de la mer - Xavier Voirol et Elisabeth Gueuret ***

Tout d'abord, mention spéciale à l'objet livre qui rend la lecture précieuse et attentive. Les photos en noir et blanc sont belles et bien choisies, le texte clairsemé de bandeaux rouges n'en demeure pas moins accessible et attirant mais (car il y a un MAIS) je n'y vois pas une étude sociologique poussée (et j'en suis très frustrée !). J'ai même eu l'impression, au cours de ma lecture, à une documentation valorisant les métiers de la Mer, à adresser à des jeunes lors d'entretiens avec les conseillers d'orientation psychologues de collèges ou de CIO. Pourtant, Elisabeth Gueuret, sociologue de formation et de métier, aurait pu approfondir son étude : dépasser les dialogues et les entretiens avec les élèves-marins (âgés entre 14 et 20 ans), étudier davantage leurs milieux sociologiques, approfondir les sensations des apprenants lors de leur premier stage sur le terrain... bref nous faire sentir la mer, ses différents métiers, son attrait ! En résumé, bien mais peut « largement » mieux faire.

Éditions Light Motiv

Livre lu et reçu dans le cadre de l'opération Libfly «Un éditeur se livre» avec les éditions  Light Motiv.