La Photo du mois #37 : La tête dans les étoiles

Le thème de ce mois-ci a été choisi par Alice Wonderland et on n'a même pas eu le droit à une explication.Tout se perd, ma brave dame, tout se perd (et moi, la première) !

Là encore, comme le mois passé, une inspiration à la traîne. J'ai longtemps zieuté le ciel gris, en espérant un beau ciel étoilé... et j'attends toujours ! 
Ensuite, j'ai pensé prendre à contre-courant le thème en proposant une image qui pousse à la rêverie. Mais j'ai déjà fait, alors je me suis dit qu'il fallait que j'avance et que je propose autre chose. 
Et puis, j'ai consulté mon petit dico numérique en jouant sur les mots étoiles, tête et en regardant accessoirement les images en stock dans mon smartphone.. et j'ai mouliné le tout pour obtenir cette photo !  Cette image s'est imposée, par toutes ces têtes, devant cette piste aux étoiles du cirque, là où des spectateurs, peut-être doux rêveurs, deviennent acteurs : et hop, adoptée direct !
Allons admirer la tête étoilée des membres du groupe :

Évacuation - Raphaël Jerusalmy ***

J'ai choisi ce roman pour trois raisons :
1) la première est de suivre un auteur qui m'avait emballée avec son superbe premier roman Sauvez Mozart (que je vous surconseille si vous n'avez pas encore eu le temps de le découvrir)
2) la seconde plus étonnante : le titre répond à la contrainte du moment de Philippe ! Et c'est un des défis que j'aime beaucoup suivre, avec plus ou moins d'assiduité (il faut bien le reconnaître et assumer).
3) la troisième est son nombre minuscule * de pages !
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image captée de chez l'éditeur
Résultat : un bon moment de lecture, une histoire intéressante mais le style d'écriture peu scotchant. Flûte, alors !

Tel Aviv doit être évacué. Toute la population se prépare au départ.. toute la population sauf un trio aussi entêté que varié : le futur cinéaste Naor, sa petite amieYaël aussi fantasque qu'allumée et Saba le grand-père - le guide- de Naor toujours aussi résistant dans l'âme. A trois, ils vont contredire la loi et produire une œuvre intime et ultime. 

Sans rien dévoiler (et cette entreprise va devenir périlleuse, je le sens !), il y a de très belles très belles scènes dans ce roman. Et je dirais même que c'est ici le talent indéniable de l'auteur Raphaël Jérusalmy : ancrer son récit dans des instantanés délicieux, facétieux et parfois douloureux : l’œuvre des héros, les vols, les balades dans la rue, la pluie qui tombe. 

Les personnalités de Saba et de Yaël y sont pour beaucoup : le premier a décidé de repousser le départ, celui de la ville, celui de sa vie aussi ; la seconde effrontée et téméraire croque la vie à pleines dents et ne veut plus se laisser compter. Entre eux deux, le sage Naor motivé à garder tous les souvenirs, une trace de ce qui est, de ce qui fut. Garder Saba près de lui, c'est aussi s'assurer de la réconciliation entre l'aïeul et sa fille, mère de Naor.

Mais la guerre, cinquième élément d’Évacuation, ne se fait pas oublier. Imparable et cinglante.

Alors ce roman avait tout pour son "quatre étoiles" : des personnages attachants, une ambiance de no man's land, un rythme régulier. Le style d'écriture alerte (entrecoupé de dialogues, de panneaux de direction) qu'a choisi Raphaël Jerusalmy est constitué de phrases courtes, avec une prose de reporter. Il m'a manqué la musicalité des mots, des expressions qui remuent et sonnent juste. Il m'a manqué ce petit supplément qui m'aurait embarquée avec eux, avec ces trois chouettes personnages, ...bref il m'a manqué l'émotion, ce petit tout : en retrait, je les ai regardés évoluer sans rien ressentir, absolument rien et c'est un peu frustrant.

* : une petite centaine de pages

Éditions Actes Sud

Emprunté à la biblio de mon nouveau chez-moi

Du même auteur : Sauvez Mozart


et un de plus pour le challenge de Philippe (le son é d’Évacuation)
challenge Lire sous la contrainte

La Photo du mois #36 : Ding-Dong

Le thème de ce mois a été choisi par J'habite à Waterford qui argumente ainsi : "La petite chose qui vous réveille, vous tire de votre rêverie, vous annonce qu'ils est temps de passer à autre chose, au sens propre, ou figuré, au passé, ou au présent."

J'avoue avoir manqué de flair pour la photo. Malgré les louables arguments de J'habite à Waterford, j'ai longtemps pensé à un réveil ou à un pèse-personne (deux signes subliminaux à interpréter, demain si vous le voulez bien !*).

Mais comme mon esprit fantasque et qui plane (qui plane et parfois peine... et cela ne s'arrange pas avec l'âge) n'était pas hyper satisfait de ces deux évocations, j'ai pris le contre-pieds (à défaut du contre-poids).
D'où cette photo qui penche, prise sur le chemin des remparts lors d'une journée froide sur l'Ile de Ré (le mercredi 28 février 2018). Sur l'image apparaît la froidure (déchainement maritime, écume qui vole, givre sur le sol, ciel brumeux... bref que du bonheur !) et je ne vous parle pas du ressenti qui invite à poursuivre son chemin et à se calfeutrer dans une maison bien chauffée ; c'est pas demain la veille qu'on participera à Koh-Lanta : on est aventurier dans nos têtes, un peu moins dans nos corps !
Alors, sachez que mon cher et tendre et moi avons pris la décision ultime (de survie), c'est-à-dire bifurquer vers la droite, parce que se promener OK, se cailler, on est moins chaud ! Bref, il était temps de passer à autre chose...
Eh oui, toutes ces circonvolutions pour une conclusion aussi plate... Désolée !

Allons voir le ding-dong des autres :
Akaieric, Albane, Alexinparis, Amartia, Angélique, Aude, Betty, BiGBuGS, Blogoth67, Bubble gones, Cara, Chat bleu, Chiffons and Co, Christophe, Cricriyom from Paris, Céline in Paris, Danièle.B, DelphineF, El Padawan, Escribouillages, Eurydice, FerdyPainD'épice, François le Niçois, Frédéric, Gilsoub, Gine, Giselle 43, J'habite à Waterford, Jakline, Josette, Josiane, Julia, Kellya, Krn, La Fille de l'Air, La Tribu de Chacha, Lau* des montagnes, Laurent Nicolas, Lavandine, Lavandine83, Lilousoleil, Lyonelk, magda627, Magouille, Mamysoren, Marie-Paule, Mirovinben, Morgane Byloos Photography, Nanouk, Nicky, Pat, PatteBlanche, Philisine Cave, Pilisi, Renepaulhenry, Sandrin, Sous mon arbre, Tambour Major, Ventsetvoyages, Who cares?, Xoliv', écri'turbulente.

* les adeptes du jeu des mille euros sur France Inter comprendront l'allusion ; pour les autres, passez votre chemin... je suis en très grande forme en ce moment !

Dora Bruder - Patrick Modiano *****

C'est toujours délicat d'évaluer un roman de Patrick Modiano. C'est toujours délicat parce que je ne suis jamais sûre à cent pour cent d'avoir tout perçu de ce que l'auteur a voulu dire. On a le sentiment de toujours lire la même histoire. Pourtant, après l'exceptionnel Rue des boutiques obscures (assurément un grand grand grand grand très grand roman), avant le récent Souvenirs dormants (qui m'a moins émoustillée), il y a Dora Bruder : un fantôme, une jeune fille rebelle sûrement dotée d'une intelligence hors du commun qui à mon avis a tout compris de ce qui se tramait autour d'elle, le "autour" se résumant à la délation, aux contrôles de police devenant les antichambres de la déportation. Il y a Dora et l'enquête menée par le héros - le double de Modiano ou bien Modiano tout court (à la rigueur, on s'en fiche). De l'avis de recherche, l'enquêteur suit les traces de la jeune fille : son parcours (de la naissance à la disparition), celui de sa famille sur quelques années.

On pourra se dire : trop facile ! Il n'y a qu'à broder, imaginer, inventer, récupérer deux ou trois détails notables et puis discourir. Mais c'est si mal connaître notre prix Nobel de littérature. Parce que le discours ne lui suffit pas. Parce qu'en parlant d'elle (de Dora), il parle de toutes les autres et leur énumération fait froid dans le dos, dit l'insoutenable, donne le factuel... et on sait que le factuel ne se discute pas. C'est saisissant et émouvant d'arriver à ce point à l'universalité du propos : d'une inconnue, Patrick Modiano nous la rend proche et l'approche de jumelles, de "sœurs de fortune" qui ont connu le même sort, de ces militantes qui n'ont pas supporté que des copines soient stigmatisées par le port d'une étoile qui assombrit l'humanité tout entière, plus qu'elle n'éclaire. Fraternité/sororité que l'on retrouve jusqu'au patronyme de l'héroïne (Bruder signifie frère en allemand).

Mais en enquêtant sur elle (Dora), l'enquêteur s'auto-analyse et analyse son passé, et on bascule du côté mâle de l'histoire (la petite et la grande). On découvre à quel point le climat de l'époque nauséabond et malsain a rendu certains hommes pitoyables : c'est vrai pour le père qui préfère embrigader son jeune fils pour une vulgaire dispute de pension, alors que lui-même a connu les tourments de la garde à vue. 

Et puis, il y a la langue de Monsieur Modiano : simple, propre, précise, sans faute. Et il y a ce dernier paragraphe remarquable, exceptionnel, dédié à l'héroïne absente, qui lui laisse la place qu'elle mérite, dit le tout et nous laisse sans voix : 

page 735 de la collection Quarto Gallimard
 
« J'ignorerai toujours à quoi elle passait ses journées, où elle se cachait, en compagnie de qui elle se trouvait pendant les mois d'hiver de sa première fugue et au cours des quelques semaines de printemps où elle s'est échappée à nouveau. C'est là son secret. Un pauvre et précieux secret que les bourreaux, les ordonnances, les autorités dites d'occupation, le Dépôt, les casernes, les camps, l'Histoire, le temps - tout ce qui vous souille et vous détruit - n'auront pas pu lui voler.»

Voilà, Dora Bruder : un  livre à découvrir tout simplement, une ode à la mémoire.   
 
Éditions Gallimard
Collection Quarto Gallimard
(merci à mon ami C. de m'avoir offert ce Quarto

Du même auteur :

La solitude des étoiles - Martine Rouhart **** [RL 2017 #11]

Après une opération qui aurait pu tourner au pugilat, l'assistante animalière Camille est priée de se retrouver.... et de préférence seule. Mais c'est mal connaître le hasard qui souvent fait bien les choses : l'exil se transforme en asile de fortune, où confidences et chuchotements valent tous les pansements du cœur. Pendant que d'autres soignent les plaies faites au(x) corps.
iage captée sur le site de l'éditeur Murmure des soirs


La solitude des étoiles narre la rencontre de plusieurs solitaires regroupés en paires : les premières perles en pleine lumière, Camille la taciturne et Théodore le vagabond ; les secondes plus sinueuses, la frêle Suzanne et son amoureux éconduit Alain.  

La solitude des étoiles est un texte très doux, joli au titre magnifique, une tranche de vie qui réconcilie l'humain. Martine Rouhart, par un phrasé fait de pauses exprimées par les silences et les absences, imprime la mélancolie et la juxtapose avec l'éclosion d'une nouvelle ère, celle qui suit  le temps du deuil ou de l'abandon, parfois des années après. Il y a beaucoup d'espoir dans ce texte-là et une infinie poésie où l'élément Nature prend toute sa place. Certaines phrases suffisent à exprimer le tout : 

page 186 :
"Une perte l'une après l'autre. Le superflu, l'utile puis l'essentiel. Un oiseau qui tombe de branche en branche sans pouvoir se raccrocher, même pas aux plus basses, celles que la lumière n'atteint jamais. Il lui a fallu tomber tout en bas... Une vie engloutie. Impossible de redresser la courbe fuyante de la volonté.
La ville, dans ces conditions, le regard des passants, les rixes entre clochards, il n'a pas supporté. Plutôt vivre dans les bois telle une bête. Les bêtes ne sont jamais moins que rien et ne vous jugent pas. Il a vécu caché mais à quoi bon, comment se cacher de soi."
 
page 170 :
"Je devrais le savoir, depuis le temps, qu'avec lui rien n'est jamais ni acquis ni perdu. C'est seulement qu'on ne peut remplir tous les silences à la fois. 
Le voici maintenant qui ferme son regard, comme s'il se ravisait. Mais c'est pour mieux se concentrer et regarder dans le puits des souvenirs. 
Car il se met à parler ; dans les basses, d'une voix intime. C'est l'heure du repas, je devrais me lever pour allumer le gaz sous la cocotte, mais je ne bouge pas d'un cil. Pas question de faire sauter le pont fragile des mots."

Cette chorale polyphonique est singulièrement perturbée par quelques citations astronomiques savamment choisies.  

La solitude des étoiles propose une rencontre littéraire rare et touchante, à consommer seul(e) ou entre ami(e)s. Et une auteure, Martine Rouhart, à suivre de très très près !

Éditions Murmure des soirs
Lu dans le cadre d'un service de presse envoyé par l'éditeur.

Autre avis : Anne


challenge Lire sous la contrainte
et un de plus pour le challenge Sous la contrainte de Philippe avec le son "é"

L'amas ardent - Yamen Manai ***

Je crois que je n'ai pas lu L'amas ardent de Yamen Manai au bon moment, avec un esprit embrumé par les contraintes professionnelles ardues. Si j'adore toujours la plume légère et intelligente de  l'auteur, je n'ai pas retrouvé l'extase de La sérénade d'Ibrahim Santos ou la douceur et subtilité de La marche de l'incertitude. D'où ce sentiment de frustration parce que L'amas ardent, même s'il est plus grave et politique que ses deux copains, est un roman qui mérite d'être lu !
L'amas ardent par Manai
image captée du site Babelio
Dans le village de Nawa, les habitants sont paisibles même s'ils manquent de tout : il faut faire des kilomètres pour récupérer de l'eau, chercher de la nourriture. Les vêtements, plus proches de guenilles, tiennent sur les corps à bout de ficelles. Au village de Nawa, les abeilles du Don vivent elles aussi en toute quiétude : elles tapissent leur ruche de miel succulent, trésor qui caresse les corps et les cœurs. Mais, au village de Nawa, les envahisseurs veillent, parfois par religiosité, souvent par animalité. Et la guerre sommeille.     

L'amas ardent vaut la lecture autant par l'intrigue qui décompose les étapes de décérébration puis d'aliénation mentale menées par les fondamentalistes musulmans, que par le style métaphorique de la description de tout conflit (tantôt animalier, tantôt humain, tantôt philosophique). Pas à pas, on y lit la lente déroute d'une république gangrénée par des énergumènes patentés à imposer l'ultime Loi. 

Récit implacable, très bien écrit avec une plume acerbe et pleine de joie, L'amas ardent retrace, comme tant d'autres avant lui, les conditions de montée des extrémistes de tout bord : une population en souffrance, une jeunesse au chômage galopant et à l'avenir incertain, une ascension sociale très limitée voire inexistante. Il ne s'agit pas de se tourner uniquement vers les pays du Maghreb (en particulier la Tunisie dont Yamen Manai est natif)  pour constater que le risque d'explosion sociale guette tous les pays (en particulier la France).
  
L'amas ardent s'achève sur une note pleine d'espoir : la confiance en une perle qui renforcera la cohésion de toutes les autres. Très joli !

Éditions Elyzad

du même auteur :
La marche de l'incertitude
La sérénade d'Ibrahim Santos

Les quatre M, j'aime !

Non, ce n'est pas un slogan publicitaire à ma sauce. je n'ai pas encore prévu de changer de métier (quoiqu'avec la nouvelle ponte de mon cher "patron" qui occulte et scinde les sciences, j'y réfléchis : je veux bien passer pour une c...., mais faut pas pousser Mémère non plus !). 

Les quatre M sont donc : Madame Monsieur avec leur très chouette titre Mercy (qui représentera la France au concours de l'Eurovision 2018) et leur géniale cover Désenchantée de notre Mylène. Juste un regret : la courtitude du moment ! Que de frustrations...


Parole de Mercy
Je suis née ce matin
Je m’appelle Mercy
Au milieu de la mer
Entre deux pays, Mercy

C’était un long chemin et Maman l’a pris
Elle m’avait dans la peau, huit mois et demi
Oh oui, huit mois et demi
 On a quitté la maison, c’était la guerre
Sûr qu’elle avait raison, y’avait rien à perdre
Oh non, excepté la vie

Refrain
Je suis née ce matin
Je m’appelle Mercy
On m’a tendu la main
Et je suis en vie

Je suis tous ces enfants
Que la mer a pris
Je vivrai cent mille ans
Je m’appelle Mercy

Et là devant nos yeux y’avait l’ennemie
Une immensité bleue peut-être infinie
Mais oui, on en connaissait le prix
Surgissant d’une vague, un navire ami
A redonné sa chance à notre survie
C’est là, que j’ai poussé mon premier cri

Refrain 
Je suis née ce matin Je m’appelle Mercy
Merci, merci, merci, merci
Merci, merci, je vais bien merci
Merci, merci, merci, merci
Merci, merci, je vais bien merci